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Classé dans (Famille)
par Pierre-Yves Caby le 08-03-2009

Aujourd’hui, c’est la Journée de la Femme. Alors en ce jour symbole, difficile de ne pas parler de la moitié de l’humanité… Si souvent chantée, désirée, aimée et admirée, la femme est hélas aussi partout trompée, bafouée, humiliée, et parfois, tuée…
Un jour c’est bien peu me direz vous. Mais, comme pour la St Valentin, qui n’est pas le seul jour pour aimer, le 8 mars ne doit pas être le seul jour pour penser aux femmes, il doit être l’occasion de leur rendre plus particulièrement hommage, notamment en évoquant leurs combats.
En l’espace d’un billet, difficile d’écrire un roman…

Je pourrais évoquer le Yémen, où des fillettes de 6ans et même moins sont offertes par leurs parents à des hommes : récemment après la mort de l’une d’entre elles, quelque temps après son mariage, les parents sont revenus et ont offert en s’excusant une autre fille cette fois de 3 ans… Le Mexique, où pas très loin de la frontière Etatsunienne des centaines de femmes sont violées, torturées et assassinées sans que cela n’interpelle plus que cela. Le Congo, où l’appareil génital des femmes a pu devenir un lieu de combat et où l’on apprend à des soldats-enfants (eux aussi victimes de la folie des humains) à détruire ces femmes physiquement et à les mutiler pour toujours quand elles en réchappent…

Et tant d’autres pays… mais le sujet devenant alors trop vaste, ça deviendrait compliqué… voila pourquoi j’ai choisi de parler plus particulièrement du combat des femmes en France au cours du XXe siècle. Ce texte sera précédé et suivi de 2 poèmes de Victor Hugo… :


ELLE EST GAIE, ELLE EST PENSIVE ; ELLE NOUS FAIT SONGER. (Victor Hugo)

Elle est gaie et pensive ; elle nous fait songer
A tout ce qui reluit malgré de sombres voiles,
Aux bois pleins de rayons, aux nuits pleines d’étoiles.
L’esprit en la voyant s’en va je ne sais où.
Elle a tout ce qui peut rendre un pauvre homme fou.
Tantôt c’est un enfant, tantôt c’est une reine.
Hélas! Quelle beauté radieuse et sereine !
Elle a de fiers dédains, de charmantes faveurs,
Un regard doux et bleu sous de longs cils rêveurs,
L’innocence, et l’amour qui sans tristesse encore
Flotte empreint sur son front comme une vague aurore,
Et puis je ne sais quoi de calme et de vainqueur !
Et le ciel dans ses yeux met l’enfer dans mon coeur !

Education, droit de vote, contraception, avortement … Aujourd’hui, en France, ces droits sont considérés comme acquis, mais les femmes ont dû se battre pour les obtenir. En moins d’un siècle, cette lutte a été la dernière grande révolution de notre société.
(Avenirs de Femmes n°16/2006)

De la mère à la femme …

Pendant des siècles, le rôle de la femme était défini par son sta­tut familial : elle était épouse et mère. Un rôle fondé sur les principes de la société chrétienne occidentale, sur le mythe de la femme créée, non en même temps que l’homme, mais à partir de l’homme… Une femme qui lui doit tout et lui est soumise. Un fait illustré par le Code civil qui, en 1804, institue la « puissance maritale » consacrant l’autorité du mari sur sa femme : au début du XXe siècle, une femme mariée est légalement sous l’autorité de son mari, elle est assimilée à une mineure, et ne peut donc pas travailler, toucher un salaire, effectuer un acte juridique ou civil sans son autorisation.
C’est en 1965 que la loi réformant les régimes matrimoniaux l’autorise à exercer une profession sans le consentement de son mari et à ouvrir un compte bancaire à son nom, dont elle peut disposer librement. La loi du 4 juin 1970 annule la notion de « chef de famille » et proclame l’autorité parentale conjointe. Un premier pas vers la modernisation du droit de la famille, renforcé par la loi de 1985, qui instaure « l’égalité entre les époux dans les régimes matrimoniaux ». C’est finalement en 1993 qu’est érigée comme principe l’égalité parentale. Etape par étape, la législation a permis aux femmes d’accéder à une réelle autonomie et d’exercer leur rôle parental à égalité avec les hommes, jusqu’à faire tomber le dernier bastion masculin, en autorisant, en 2002, les mères à transmettre leur nom de famille.

Citoyenneté : le plus long combat de l’histoire des femmes !

Ecartées de la vie politique lors de l’instauration du suffrage uni­versel en 1789, puis par le Code civil de 1804, les Françaises font partie des dernières Européennes à obtenir le droit de vote. Pour­tant, suivant les mouvements de l’immédiat après-guerre qui voient de nombreux pays reconnaître la citoyenneté des femmes (voir encadré), la Chambre des députés s’exprime favorablement sur le sujet, dès 1919. Ce vote positif sera d’ailleurs renouvelé de nombreuses fois, mais toujours repoussé par le Sénat.
vote femme, election, ONUPremier espoir de changement, lorsqu’en 1936 trois femmes entrent au gouvernement. Malgré cette avancée, le vote des femmes ne figurera pas dans le programme du Front populaire. L’éclatement de la seconde guerre mondiale étouffe les revendications féministes. Il faut attendre l’ordonnance du gouvernement provisoire du général De Gaulle du 21 avril 1944 pour qu’elles obtiennent finalement le droit de vote et d’égibilité.
Le 25 avril 1945, les femmes votent et sont élues pour la première fois. La première assemblée compte 6% de femmes. Au lieu de progresser, ce chiffre stagnera dans la 2è moitié du XXe siècle; ouvrant le débat sur la faible représentation des femmes en politiques. En 1982 une proposition de loi évoquen la mise en place de quotas (au moins 35 % des femmes sur les listes !). Et c’est en 1997, qu’un rapport de l’Observatoire de la parité, nouvellement créé, conclut à la nécessité de réformer la constitution. La Loi « relative à l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats éléctoraux et aux fonctions électives » est finalement adoptée le 6 juin 2000. La France est un des premiers pays au monde à avoir voté une telle loi, même si, 6 ans plus tard, les chiffres montrent que la parité est encore loin d’être effective.
Contraception et avortement : la liberté de choisir !
Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Françaises sont soumises à une politique nataliste forte qui ne leur laisse aucune liberté. Dès 1920, une loi est votée interdisant la contraception et l’avortement, les rendant passibles de la cour d’Assises. La politique de répression s’intensifie jusqu’en 1942, où l’avortement devient crime d’Etat. Une « faiseuse d’ange » sera guillotinée, pour l’exemple, l’année suivante. Mais l’action militante se poursuit ; en 1955, l’avortement thérapeutique est autorisé pour « sauver la vie de la mère ». La même année, aux Etats-Unis, le Dr Pincus met au point la première pilule.
En 1956, le planning familial voit le jour. Les élections présidentielles de 1965 relancent le débat sur la contraception.
En 1967, la loi Neuwirth autorisant la contraception est adoptée. L’avortement reste en suspend.
Arrive alors mai 1968, la révolution sexuelle et l’explosion du féminisme… Les Françaises se mobilisent pour faire valoir leurs droits.

En 1971, paraît le « Manifeste des 343″, rédigé par Simone de Beauvoir et signé par 343 femmes, dont Marguerite Duras ou Catherine Deneuve, qui reconnaissent publiquement avoir avorté et réclament le droit à l’avortement libre. L’année suivante, l’acquittement de la jeune Marie-Claire, lors de son procès pour avortement illégal, confirme que la loi de 1920 est obsolète. En 1973, 331 médecins déclarent dans un autre manifeste avoir pratiqué l’avortement, risquant l’interdiction d’exercer à vie. En 1974, la pilule et le stérilet sont finalement remboursés par la Sécurité sociale. L’année suivant la loi dite « Veil » sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est votée pour une période probatoire de 5 ans, puis adoptée définitivement en 1979. L’IVG sera remboursé à partir de 1982.

Dans les années 90, la loi poursuit sa libéralisation, en autorisant l’IVG médicamenteuse (pilule abortive, RU 486) en milieu hospitalier (1990) ; puis en dépénalisant l’auto-avortement et en créant le « délit d’entrave à l’IVG » (1993). Jusqu’à la loi Aubry de 2001, qui révise les lois Neuwirth et Veil, une mineure doit obtenir l’accord d’un adulte de son choix (parent ou non) avant une IVG, le délai de recours passe à 12 semaines au lieu de 10. Les contraceptifs d’urgence (pilule du lendemain) sont délivrés sans ordonnance auprès des infirmières scolaires et dans les pharmacies. Et, enfin, les sanctions pénales liées à la propagande et à la publicité en faveur de la contraception ou de l’IVG sont supprimées. La loi sur l’IVG du 4 juillet 2001 a ouvert la possibilité de pratiquer l’IVG médicamenteuse en ville au domicile, sans hospilalisation, jusquà 12 semaines de grossesse, dans le cadre d’un réseau ville-hôpital. Cette pratique n’est devenue réellement réalisable qu’avec l’arrêté du 23 juillet 2004.

tableau, droit de vote, europe

Le planning familial à 50 ans

En 1956, la gynécologue Marie-Andrée Weill-Halle fonde la « Maternité Heureuse », une association de femmes qui revendique le droit à la « maternité volontaire ». Son but est de prévenir les drames liés à l’avortement en facilitant l’accès à la contraception. En 1960, elle devient « le Mouvement Français pour le Planning familial » (MFPF) ; 1 an plus tard, sont créés les premiers centres d’accueil à Grenoble et à Paris. En adhérant, les femmes bénéficient d’une information et surtout d’une orientation en matière de contraception. Dès 1962, 26 autres centres voient le jour, des médecins se joignent au mouvement et proposent des consultations gratuites. Préservatifs, spermicides, diaphragmes et pilules sont importés en contrebande pour être redistribués partout en France… En 1968, suivant le mouvement des femmes, le MFPF se consacre au combat pour la légalisation de l’avortement. En 1971, il s’associe à d’autres mouvements pour créer le MLAC (Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception). Après la promulgation de la loi Veil en 1979, le mouvement poursuit la lutte et revendique l’allongement des délais, la généralisation des centres IVG et la fin de l’autorisation parentale pour les mineures. En 1981, le MFPF collabore avec le ministère des Droits de la femme et parvient à de nouvelles avancées : campagne TV sur la contraception, remboursement de l’IVG… A la fin des années 80, il s’engage dans la lutte contre le SIDA. Dans les années 90, le MFPF s’ouvre un nouveau champ d’action : les violences faites aux femmes (viol, inceste) et met en place un service d’information spécifique.
En 50 ans d’action, le MFPF a su évoluer et se renouveler pour être au faîte de tous les combats liés à la cause des femmes. Et son histoire est loin d’être terminée !

OH ! N’INSULTEZ JAMAIS UNE FEMME QUI TOMBE ! V. Hugo :

Oh ! N’insultez jamais une femme qui tombe !
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe!
Qui sait combien de jours sa faim a combattu !
Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu,
Qui de nous n’a pas vu de ces femmes brisées
S’y cramponner longtemps de leurs mains épuisées !
Comme au bout d’une branche on voit étinceler,
Une goutte de pluie où le ciel vient briller,
Qu’on secoue avec l’arbre et qui tremble et qui lutte,
Perle avant de tomber et fange après sa chute !
La faute en est à nous ; à toi, riche ! A ton or!
Cette fange d’ailleurs contient l’eau pure encor.
Pour que la goutte d’eau sorte de la poussière,
Et redevienne perle en sa splendeur première,
Il suffit, c’est ainsi que tout remonte un jour,
D’un rayon de soleil ou d’un rayon d’amour !

  Pierre-Yves Caby

      

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